JMJ direct inXL6
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
JMJ direct, une réalisation inXL6
 

Catéchèse de Mgr Ricard

Mercredi 24 juillet :
Vous êtes le sel de la terre

Schéma de la catéchèse librement développé

« Vous êtes le sel de la terre ! »

Cette parole de Jésus s’adresse aux disciples qui se sont approchés de lui (Mt 5,1) et qui l’écoutent sur la montagne. Mais elle s’adresse aussi à nous aujourd’hui, à chacun d’entre nous, à nous, ensemble, en Eglise.

UNE PAROLE SURPRENANTE

C’est une parole surprenante à un double titre :

- tout d’abord cette image du sel est étonnante. Comment la comprendre ?

- ensuite, comment reconnaître qu’on est « sel », qu’on est « lumière », quand on connaît ses propres limites, ses fragilités, ses questions, son propre péché ? On préfèrerait que Jésus nous dise « soyez » sel ou lumière. Mais comment comprendre cette affirmation au présent, la constatation de cette réalité : vous « êtes » le sel et la lumière ? Ne détournons pas la question en disant : Jésus s’adresse ici aux disciples, qui avaient une autre trempe que nous, un autre dynamisme spirituel. L’évangile nous montre, au contraire, que les disciples étaient faits de la même pâte que nous, qu’ils avaient du mal à comprendre les paroles de Jésus et plus de mal encore à se laisser transformer par elles. Et c’est pourtant à eux que Jésus dit : « vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Donc notre question rebondit…

Alors essayons d’entrer dans la compréhension de la parole de Jésus.

LE SEL DE LA TERRE

Jésus parle du sel qui provient de la terre. Il est un produit nécessaire à la vie quotidienne.
- Il donne du goût aux aliments, les rend savoureux.
- Il les conserve. Dans l’Antiquité, cette fonction de conservation était particulièrement importante. On conservait dans le sel les poissons séchés, les olives et certains légumes. Le sel était utilisé dans le culte : on salait les sacrifices, on mettait du sel avec l’encens au Temple de Jérusalem. Le sel qui conserve va être le signe de la permanence, de ce qui ne s’altère pas, de ce qui ne se dégrade pas. La Bible utilise cette image du sel pour parler de cette alliance impérissable que Dieu veut nouer avec son peuple : « C’est là –pour toi et tes descendants- une alliance consacrée par le sel et immuable aux yeux du Seigneur. » (Nombres 18,19), « Tu n’omettras jamais le sel de l’Alliance. » (Lev 2, 13) Le sel, signe de l’Alliance perpétuelle.

Jésus vient donc dire à ses disciples, nous dit à nous aujourd’hui : vous avez en vous un dynamisme qui donne goût, saveur à la vie. Vous avez en vous quelque chose d’original et d’unique. Vous êtes porteurs d’un dynamisme qui n’est pas passager ou éphémère. Vous avez en vous quelque chose de solide, quelque chose qui tient bon, quelque chose qui vous enracine dans la permanence et la fidélité de Dieu.

AU CŒUR DE NOTRE EXISTENCE LE DYNAMISME DE NOTRE VIE BAPTISMALE

Ce dynamisme qui est en nous, qui passe par nous, ne vient pas de nous. Il est un don de Dieu qui a été mis en nous par le baptême. Il est ce dynamisme de la vie baptismale qui agit en nous, surtout quand nous essayons de vivre pleinement notre baptême. Et vivre pleinement son baptême, c’est vivre à plein la vie nouvelle que nous offre le Christ, une vie de disciple du Christ, une vie comme le Christ ou mieux encore une vie dans le Christ, « en Christ », nous dit saint Paul. Cette vie nouvelle, c’est la sainteté que Dieu nous donne qui doit nous permettre, si nous l’accueillons vraiment en nous, de devenir des saints. En fait, ce don de l’Esprit de sainteté s’accompagne d’un appel à rendre fructueux ce don, à devenir des saints. Voilà l’ambition que Dieu à pour nous : devenir des saints, pas moins que cela !

Dans sa Lettre apostolique « En entrant dans le 3° millénaire », le pape Jean-Paul II écrit : « En réalité, placer la programmation pastorale sous le signe de la sainteté est un choix lourd de conséquences. Cela signifie exprimer la conviction que, si le Baptême fait vraiment entrer dans la sainteté de Dieu au moyen de l’insertion dans le Christ et de l’inhabitation de son Esprit, ce serait un contresens que de se contenter d’une vie médiocre, vécue sous le signe d’une éthique minimaliste et d’une religion superficielle. Demander à un catéchumène : « Veux-tu devenir saint ? » Cela veut dire mettre sur sa route le caractère radical du discours sur la Montagne : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). » (n° 31).

Soyons clairs. Cette sainteté n’est pas réservée à une élite, à quelques « génies » ou héros de la sainteté. Elle est tout simplement la vie chrétienne qui est vécue dans toutes ses dimensions, la vie selon l’Evangile qui nous transforme, qui imprègne petit à petit toute notre vie, qui devient notre respiration, notre souffle.

LES COMPOSANTES DU SEL OU LES HARMONIQUES DE NOTRE VIE BAPTISMALE

Quelles sont les harmoniques de cette vie baptismale ? En fait, pour reprendre notre image initiale, quelles sont les composantes du sel, qu’est-ce qui dans le don du Seigneur peut donner goût et saveur à notre vie, à la vie des autres ?

1. Il y a d’abord l’expérience forte d’être aimé. La foi donne un sens à notre vie, lui offre un centre de gravité, une expérience fondatrice. Vivre avec le Christ, c’est découvrir que notre vie n’est pas le produit du hasard ou de l’évolution d’un monde qui n’irait nulle part. C’est découvrir qu’elle a un sens, que quelqu’un vient à nous et nous dit « Tu es aimé. Tu es précieux. Tu es unique à mes yeux et je t’aime. Tu es mon fils, ma fille bien-aimée » Avec le Christ, le Fils de Dieu, nous découvrons que le Père nous aime et que nous comptons à ses yeux. Il est important de se sentir aimé. Combien de blessures dans la vie de ceux qui ont eu l’impression (à tort ou à raison) de ne pas avoir été aimés, de ne pas être aimés aujourd’hui, de ne compter pour personne. Etre aimé vous transforme, vous transfigure, développe en vous des énergies nouvelles. Etre aimé vous fait vivre dans la confiance, dans la paix intérieure, dans la joie et dans l’espérance. Oui, l’accueil de cet amour du Seigneur est puissance de transformation, de guérison, de libération intérieure (Image de transformation intérieure : le Père de Foucauld à travers deux photos, le jeune lieutenant de cavalerie et l’ermite de Tamanrasset en 1916, ermite aux yeux de braise, illuminé par l’amour)

2. Si nous sommes aimés gratuitement, le Seigneur nous demande d’aimer à notre tour gratuitement. Avec le Christ, nous découvrons que l’homme est fait pour l’amour, qu’il ne se réalise qu’en aimant, en aimant vraiment, gratuitement, généreusement. Nous découvrons que l’amour est le chemin qui conduit au vrai bonheur de l’homme. L’homme ne se réalise vraiment que dans l’amour. Nous le pressentons et l’expérimentons dans bien des formes d’engagement. Le repliement sur nous-mêmes nous rend tristes et seuls. L’ouverture aux autres, le don de nous-mêmes aux autres nous apportent mystérieusement lumière et joie. Le sel vient murmurer en nous : aime et tu trouveras la vie.

3. Cet amour qui nous fait découvrir que nous sommes fils et filles du même Père des Cieux nous fait aussi percevoir que les autres nous sont donnés comme des frères et sœurs à aimer, que nous avons à bâtir, selon le dessein de Dieu, une terre fraternelle où chacun doit trouver sa place, où les hommes sont appelés à vivre en harmonie, en solidarité, les uns avec les autres. L’avenir est à la solidarité et la fraternité. N’oublions pas que la parole de Jésus sur le sel suit immédiatement la charte des béatitudes. Ce sont les disciples qui vivent les béatitudes qui sont vraiment le sel de la terre : « Heureux les artisans de paix ; ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9)

4. L’accueil de cet amour est aussi puissance de libération. Il nous fait passer d’une vie centrée sur nous-mêmes à une vie libérée, c’est-à-dire libre pour aimer. Il nous libère de toutes nos idoles, de tout ce qui nous fascine, la réussite à tout prix, même en écrasant les pieds des autres, l’argent, le pouvoir, le sexe, la logique du donnant donnant, même dans nos relations affectives. Il nous donne cette pauvreté du cœur, capable d’accueillir l’autre, de l’écouter, de le comprendre, d’entrer en relation et en communion avec lui : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux » (Mt, 5, 3)

5. Cet amour nous fait goûter le pardon de Dieu. Pardon gratuit, où Dieu ne nous enferme pas dans notre passé mais nous ouvre toujours le chemin de l’avenir. Nous devons à notre tour être non seulement les bénéficiaires de ce pardon de Dieu mais en être aussi les témoins. Seul le chemin du pardon peut conduire à une véritable réconciliation avec l’autre. La vraie vie implique l’expérience de la miséricorde, de la miséricorde reçue et donnée : « Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde. » (Mt 5, 7)

NE PAS AFFADIR LE SEL

Ce sel de la vie divine nous est donné mais il ne faut pas qu’il perde sa saveur, sans cela il ne sert plus à rien. Comme dit Jésus : «On le jette dehors et il est foulé aux pieds par les hommes. » (Mt 5, 13)

Nous avons à garder en nous ce sel de la terre alors que des forces en nous ou autour de nous dans notre société pousseraient beaucoup à l’affadissement. Notre société se veut tolérante à toutes les façons de voir la vie. Mais l’est-elle vraiment ? N’y a-t-il pas une pression pour penser comme tout le monde (pensée unique), faire comme tout le monde ? Sans cela vous risquez d’être taxés de « cathos rétros, coincés ou ringards ». La tentation est forte de masquer le sel, de le diluer, de se fondre dans la masse. Il nous faut apprendre aujourd’hui à nager à contre-courant. N’est-ce pas la position des poissons morts que de se laisser flotter, le ventre à l’air, dans le sens du courant ?
Avec le Christ, nous avons à vivre dans notre vie baptismale le mystère pascal, le passage par la mort au péché pour entrer dans la vie nouvelle des enfants de Dieu. Cela implique des choix, des décisions, des orientations de vie conformes à l’Evangile (comme d’ailleurs des gens qui ont un projet de vie et qui s’imposent une discipline de vie : sportifs, gens qui font un régime amaigrissant…) Il y a là le lieu du combat spirituel. Le lieu également du combat pacifique du témoignage, ce lieu où il faut faire retentir à certains jours la différence chrétienne. Au nom de l’Evangile, les chrétiens font des choix et ne se permettent pas tout (racisme, non respect de l’autre et de sa vie privée, autre réduit à une valeur marchande ou à un objet sexuel, non respect de l’enfant à naître ou de la personne en fin de vie…..) Regardons d’ailleurs le témoignage des premières communautés chrétiennes dans le grand empire romain. Ils ont su dire non à tout ce qui contredisait leur foi et leur sens chrétien de l’homme.
(Refus du culte impérial, de l’abandon des enfants, des simples rapports de domination maîtres-esclaves….) ; Le NON que nous disons alors n’est que l’autre face du OUI que nous disons à la vie, à l’amour, à la vérité, à la force fécondante et réconciliatrice de l’amour du Seigneur.

Voilà donc ce sel qui ouvre à une vie humaine vécue autrement, ce sel qui donne saveur et goût à la vie. Beaucoup mystérieusement aspirent à ce sel, ont soif de cette vie nouvelle. Nous avons à témoigner auprès d’eux de ce que le Seigneur nous fait vivre, de ce que le Seigneur leur offre, à eux aussi, s’ils acceptent de se laisser « saler » par l’Esprit de Dieu.

Restons accueillants dans nos vies au sel de Dieu. Nous ne le regretterons pas. Nous pourrons dire comme Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? C’est Toi qui as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6, 68) C’est Toi qui es le sel de la vraie vie.

24/07/2002
Mgr Jean-Pierre Ricard,
Archévêque de Bordeaux

 
Accueil | Contact | Partenaires | Presse | Crédits | Archives
 
© JMJ direct - Tous droits réservés